Avant de partir vers le Sud
Notre saison 2024 au Népal touche à sa fin. Après avoir côtoyé les hauts sommets de l’Annapurna, puis la frontière tibétaine au Langtang, il était temps d’aller chercher un peu de repos et de chaleur dans le Teraï. Direction Bardia avec l’espoir d’apercevoir un vagabond sauvage qui vit encore comme bon lui semble. Mais avant de rencontrer le tigre (on le verra, mais ce sera pour un autre article), il nous restait quelques jours à Pokhara pour organiser notre itinéraire vers le Sud.
Mathilde et Bérénice ont choisi le repos avec deux trois jours au bord du lac Begnas. Un bungalow, des livres et le droit imprescriptible de ne rien faire.
En général, une fois la saison terminée on profite de ce temps pour partir en petite exploration avec Antoine. Non pas pour sacrifier nos articulations une dernière fois, mais pour passer ensemble un chouette moment avant de retrouver la nervosité de l’homme pressé. L’esprit léger il est plus facile d’apprécier la simplicité de marcher et de contempler la beauté qui nous entoure.
On avait repéré un lac au pied des Annapurnas. Connu des locaux et de la communauté gurung mais sur lequel on n’avait trouvé que très peu d’informations sur ce qu’on allait y trouver. Et c’est aussi ça qui fait l’aventure et qui nous fait vibrer.
On n’allait donc pas au camp de base des Annapurnas. Ni sur un tour classique où l’on croise vingt nationalités avant midi. On allait à Kapuche, la fin d’une langue de glacier posée au milieu de la jungle à 2 546 mètres. Une altitude absurde pour l’Himalaya où tous les autres glaciers attendent leurs visiteurs téméraires au-dessus de 4 000 m. C’est là son anomalie et sa beauté. Le glacier de l’Annapurna II descend si bas et si vite dans une gorge si étroite, qu’il finit dans une flaque turquoise que l’on atteint en deux jours de marche. Ça paraît assez irréel.
Jour 1 — Pokhara → Sikles (1 980 m)
Un taxi jusqu’à la sortie de la ville et puis on se renseigne pour savoir comment rejoindre Sikles, le village d’où part notre aventure. On nous répond qu’une jeep partira bientôt. Et c’est là toute la magie du Népal, le temps n’y est pas le même que chez nous. Le « bientôt » a duré plus de trois heures. Assis sur des chaises en plastique, on patiente et l’on va questionner de temps en temps le monsieur qui a l’air de s’y connaître. Il fait un geste vague vers la route et l’on retourne s’asseoir. Sans nervosité, on est là, calmes et sereins comme tout le monde. On fait confiance et on se détend. Nos expériences dans le pays nous ont appris à accepter ce genre de situation. Et puis il y a des choses qu’on ne contrôle pas, et les routes du Népal sont sûrement en haut de cette liste.
Au final, ce sont deux jeeps qui arrivent. Tout le monde se presse, mais avec une certaine sérénité : personne ne doute qu’on rentrera tous. On se retrouve à plus de quinze dans la nôtre. Un Tetris humain, où le conducteur empile les gens comme des valises. Et hop un dernier sur le toit pour faire bonne mesure. Le trajet promet promiscuité et chaleur.
Faites le calcul ! quarante kilomètres en quatre heures. Ce n’est pas une route mais « un Nepali massage » comme on l’appelle ici.
La piste quitte le bitume après Taprang et grimpe en lacets serrés au-dessus de la Madi Khola. À chaque virage, la vallée s’ouvre un peu plus. Rapidement le paysage dévoile ses terrasses en escalier. Les buffles nous regardent passer sans le moindre intérêt et les femmes remontent du fourrage dans leur doko d’osier. La piste est poussiéreuse et la musique népalaise à fond. On fonce vers Sikles pleins phares.
Le « bientôt » népalais — l’attente de la jeep
En chemin, on nous arrête car il faut descendre et traverser à pied l’un des trois plus grands ponts suspendus du Népal. Plus de 400 m au-dessus du vide, un tablier étroit et le câble qui vibre sous les pas. Tout le monde avance sans y prêter la moindre attention, tout en profitant de cette vue à couper le souffle. Une expérience incroyable. C’est d’ailleurs sur ce pont qu’on rencontre une dame qui nous invite à venir dormir chez elle le soir. Ça tombe bien : on n’avait pas de plan.
Sikles apparaît d’un coup, accrochée à son versant. C’est l’un des plus grands villages gurung du pays avec ses dizaines de maisons de pierre grise coiffées d’ardoises reliées par des ruelles pavées et étroites. Derrière, sans transition, on aperçoit ce qui se dresse à l’horizon. L’Annapurna II et le Lamjung Himal ! posés là comme un décor qu’on aurait oublié de reculer.
Après ces heures de route, on prend le temps d’explorer les ruelles et de s’arrêter à droite à gauche pour boire un raski avec les gens du village. Gros coup de cœur pour ce village magnifique.
La suite au prochain épisode : la montée vers le lac…




