Géorgie : Roadtrip Hivernal – Traverser du pays en Coccinelle par -15°C

Mai 14, 2025

Une aventure qui en clôture une autre !

 

 

 

 

 

 

Après quatre mois d’autostop à travers l’Europe et la Turquie, me voilà enfin en Géorgie. Un pays qui, il y a quelques mois encore, n’était qu’un point lointain sur une carte, presque irréel. Et pourtant j’y suis. Une vague de joie m’envahit, silencieuse mais profonde. Je dis enfin, mais en réalité je n’étais pas pressé. J’ai pris le temps. Celui qui s’étire, celui qu’on me donne, celui qui se perd et se retrouve sur les routes. Et au moment de passer cette frontière, je ressens une fierté simple : celle d’avoir suivi une idée un peu folle jusqu’au bout, sans plan, sans certitudes, et cette fois sans trop d’ennuis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À peine le pied posé côté géorgien, le ciel décide de me souhaiter la bienvenue à sa manière : le déluge. Une pluie lourde, drue, presque agressive. Je brandis mon panneau « Batumi » sous l’averse, un sourire gigantesque collé au visage, certainement plus inquiétant qu’accueillant pour les automobilistes. Malgré tout, je savoure. Cette journée, je l’attendais. Et quand une voiture finit enfin par s’arrêter, c’est le pouce levé et la tête haute que j’entre dans cette nouvelle histoire.

 

 

 

 

À Batumi, je me laisse porter trois jours durant par le rythme de la mer Noire. L’auberge devient un petit refuge. On y vit doucement, on y rit fort. Les soirées s’étirent autour de vin géorgien bon marché, partagé avec quelques Kazakhs et Russes. Je ne comprends pas la moitié des conversations, mais ce n’est pas grave : les sourires sont universels, et les bouteilles vides aussi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hier soir, j’ai fait la connaissance de Niek. Un Hollandais au regard curieux, un peu fou, qui traverse le monde jusqu’en Malaisie… en Volkswagen Coccinelle. Rien que ça. On a parlé voyages, mécaniques improbables, routes incertaines. Ce matin, je lui ai proposé de m’accompagner dans le parc national de Mtirala. J’espère que sa petite voiture tiendra la montée, mais je suis confiant. Lui aussi. Et après tout, c’est la confiance  ou la folie douce  qui crée les meilleures aventures.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’insouciance et l’esprit d’aventure

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Niek est un personnage comme on en croise peu sur la route : un mélange d’audace, de folie douce et d’un optimisme à toute épreuve. Il m’a proposé de faire un bout de chemin ensemble, quelques jours sur les routes du Caucase, direction Tbilissi, la capitale. L’objectif était simple : arriver à temps pour fêter la Nouvelle Année 2020. Ça tombait bien, c’était aussi ma route. Alors j’ai accepté sans hésiter. Avec lui, même un trajet banal avait des allures d’épopée ; alors un roadtrip à travers la Géorgie… je savais que ça allait être quelque chose.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais les plans changent toujours en voyage. Je suis finalement resté deux jours de plus à l’auberge pour aider un Français tombé gravement malade. Quand la route te met quelqu’un sur ton chemin, tu ne fermes pas les yeux. La solidarité, dans ces moments-là, devient aussi naturelle que respirer. Niek, fidèle à lui-même, a tout simplement dit : « Je t’attends. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et c’est là que j’ai su que cette aventure serait différente des autres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« On démarre ! Je suis tellement excité. Un roadtrip sauvage sur les plus belles routes du Caucase avec un inconnu et sa voiture atypique. Cependant, mon ami français, ayant emprunté cette route deux mois plus tôt, m’a prévenu : paysages grandioses, mais route d’hiver très dangereuse, parfois impraticable à cause des cascades de glace. Pour lui, impossible qu’on franchisse les cols avec notre voiture. Niek m’a dit que si on n’essaye pas, on ne saura jamais. J’adore cette mentalité ! »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour relier Batumi à Akhaltsikhe, le GPS affichait un peu plus de 200 kilomètres. Six heures de route, disait-il. Une formalité. La réalité, elle, nous en a offert quatorze, avec en bonus quelques sueurs froides et un bon test de sang-froid.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au bout de trente minutes à peine, le moteur de la Coccinelle a rendu l’âme dans un souffle fatigué. Silence. Niek a simplement haussé les épaules, comme si c’était la routine, avant d’ouvrir le capot. Je me suis dit à ce moment-là que sa folie avait au moins une utilité : il savait bricoler n’importe quoi, n’importe où.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les câbles Internet utilisés pour réparer la batterie avaient probablement connu l’époque soviétique. Une solution B, ou peut-être même C… mais une solution quand même. C’était ça, notre carburant du jour : bricolage, débrouille, et un optimisme qui tenait à lui tout seul la voiture en un morceau.

On a fini par atteindre un petit village, poussés autant par l’inertie de la voiture que par la détermination de Niek. Là, entourés de curieux, de gamins intrigués et de vendeurs de légumes qui s’arrêtaient pour commenter la scène, il s’est attaqué au moteur. Trois heures de rafistolage improvisé plus tard, le moteur a repris vie. Un rugissement un peu rauque, un peu bancal, mais suffisant. À vrai dire, on n’avait pas le luxe d’être exigeants.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Improvisation et positive attitude

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« On avance ! Les paysages et les couleurs changent. Les montagnes remplacent les plaines et la route serpente, s’élève, puis disparaît. Bordés par ces sommets de plus en plus impressionnants, on continue de grimper sur cette piste caillouteuse et boueuse. On croise des vaches, des locaux inquiets pour nous… et encore des vaches. Rapidement, le manteau blanc fait son apparition, et Niek m’avoue qu’il n’a jamais roulé sur la neige. À travers la vitre, la vue est à couper le souffle et ça aide à rester zen pour traverser les nombreuses cascades de glace. Toutefois, les chaînes et les poussées énergétiques n’y feront rien : on est vraiment coincé. Dommage, le sommet était à 200 mètres. L’exploit sera pour une prochaine fois. Je pars donc à pied chercher de l’aide. Je pense que je ne pourrai plus jamais me plaindre des routes belges après ça… »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On finit par trouver quelqu’un pour nous tracter jusqu’au sommet, non sans mal. La voiture glissait, gémissait, et nous avec. Arrivés au col de Goderdzi, on immortalise l’instant avec une photo prise à la hâte : le genre de souvenir qui garde l’odeur du froid et du stress. Pas le temps de s’éterniser : la nuit tombe déjà, et le vent coupe le visage comme une lame. Dans la Coccinelle, il n’y a pas de chauffage. Les –10°C nous mordent jusqu’aux os et nous font regretter, en un éclair, la douceur de la mer Noire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques virages plus loin, on tombe sur deux voitures bloquées par la neige, plantées en travers de la route comme des obstacles de fortune. Impossible d’avancer. Alors la scène commence : un chaos organisé, comme seule la Géorgie sait en offrir. Les conducteurs discutent, s’agitent, débattent. Chacun partage son avis, sa technique, son expérience, souvent contradictoire mais toujours pleine de bonne volonté. Personne ne panique ; on a l’impression que ce genre de galère fait partie du paysage hivernal ici.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le temps s’étire. La neige tombe. Le froid s’installe. Mais tout le monde met la main à la pâte : une corde passe de mains en mains, les moteurs rugissent, les gens crient des instructions dans une cacophonie chaleureuse. Après deux heures d’efforts, de glissades et de sueur gelée, un véritable ballet improvisé, les voitures se débloquent enfin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et comme si rien n’était arrivé, on reprend la route. Éreintés, gelés… mais portés par cette solidarité incroyable qui transforme les pires galères en souvenirs précieux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« On décide de rester en convoi avec les autres personnes qui étaient coincées. Deux familles sympathiques nous indiquent les trous sur la route grâce à leurs clignotants. Vu le nombre très limité de voitures empruntant cette route en hiver, je pense qu’il vaut mieux ne pas rester seuls. La nuit est tombée dommage pour la vue  mais on préfère se concentrer sur ce chemin rempli d’obstacles. On avance, épuisés, sous la bienveillance de nos nouveaux compagnons de voyage. Cependant, le problème mécanique n’est jamais loin : maltraitée par les vibrations d’une route inexistante, la fixation du toit s’est fissurée. On répare et on repart, en attendant le prochain kwak. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous arrivons tard le soir à Akhaltsikhe. Hors saison, toutes les guesthouses sont fermées. Alors, malgré l’heure tardive, nous toquons aux portes en espérant trouver un hôte compatissant. Heureusement, la voiture de Niek attire l’attention et, rapidement, on nous propose de nous héberger. Après un bon repas géorgien partagé, on s’effondre sans dire un mot, fatigués mais heureux d’être arrivés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les jours suivants furent tout aussi incroyables, autant par les rencontres que par la diversité des paysages traversés. Nous découvrons les plaines arides et désertiques autour du village troglodyte de Vardzia, puis les hauts plateaux glacials près de Ninotsminda. Dans cette région proche de la frontière arménienne, nous trouvons refuge dans le seul hôtel du coin, au confort très rudimentaire. On comprend vite qu’ils n’ont pas dû voir de touristes depuis un moment. Dehors, les locaux sont intrigués et amusés  par la voiture, malgré les –15°C :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Double célébration , La fin du road trip et le nouvel an !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Les gens discutent, tirent quelques feux d’artifice, et essaient de comprendre comment on a atterri ici à cette époque de l’année. À vrai dire, on se pose un peu la question aussi. Qu’est-ce qu’on fout là ? C’est juste magnifique. Autour d’une bière et d’une discussion avec les locaux, on comprend : la richesse de ce pays est grande, humaine et immatérielle. Leur générosité et leur hospitalité, la nature et les grands espaces, mais aussi leur gratitude de vivre chaque jour entourés de leur famille et des gens qu’ils aiment. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En arrivant à Tbilissi, la ville vibrait déjà au rythme de la Nouvelle Année. On a posé nos sacs, soufflé un grand coup, puis on s’est laissé happer par l’effervescence des rues. Ce soir-là, on a célébré comme il se doit : feux d’artifice, rires, musique… et surtout, les fameux khinkali. Ces grosses ravioles géorgiennes sont une fierté nationale, un vrai rituel. On les mange avec les mains, en faisant attention à ne pas perdre le jus brûlant qui se cache à l’intérieur. À la viande, aux légumes, ou au fromage… un délice simple et brut, comme le pays lui-même.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et puis, les jours passant, je me suis laissé prendre au jeu. La Géorgie avait encore trop à offrir pour la quitter si vite. Je suis resté trois semaines de plus, à explorer villages, vallées et sommets. J’ai marché sur les flancs du mont Kazbek, découvert des monastères perdus, traversé des plateaux glacials et des gorges profondes, toujours porté par cette hospitalité incroyable qui habite les Géorgiens.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Caucase… une région qui marque. Un mélange de cultures, de légendes, de montagnes infinies et de rencontres inattendues. Un de ces endroits qui te rappelle pourquoi tu pars, et pourquoi tu restes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Parfois, il faut être conscient que notre inconscience nous mènera sur des chemins qu’on n’aurait jamais imaginé finir une semaine plus tôt, comme ce roadtrip sauvage. Dans un voyage, je pense que l’important n’est pas forcément la destination, mais les bords du chemin que l’on emprunte. La liberté, et le temps que l’on choisit de s’octroyer. ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vince

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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