
En altitude, la déshydratation arrive bien plus vite qu’on ne le pense — et non, le froid ne te protège pas. Voici pourquoi ton corps perd autant d’eau en montagne, et comment bien gérer ton hydratation en expédition.
Pourquoi se déshydrate-t-on plus vite en altitude ?
1. L’air est plus sec
Plus on monte, plus l’air est froid et sec. Or, l’air que tu inspires doit être réchauffé à environ 37 °C et saturé en humidité avant d’atteindre tes alvéoles pulmonaires. Cette humidité, c’est ton corps qui la fournit : à chaque expiration, tu rejettes de la vapeur d’eau puisée dans tes réserves. En montagne, ce phénomène est démultiplié par la sécheresse de l’air ambiant.
2. Ta respiration s’accélère
La pression atmosphérique diminue avec l’altitude : à 4 000 m, chaque inspiration apporte environ 40 % d’oxygène en moins qu’au niveau de la mer. Pour compenser, ton corps déclenche une hyperventilation : tu respires plus vite et plus profondément — y compris la nuit, sans t’en rendre compte. Plus de respirations = plus de vapeur d’eau expirée.
3. La diurèse d’altitude
C’est le mécanisme le moins connu. En hyperventilant, tu élimines beaucoup de CO2, ce qui rend ton sang légèrement plus alcalin (c’est l’alcalose respiratoire). Pour rétablir l’équilibre, tes reins éliminent du bicarbonate… en produisant plus d’urine. Résultat : tu urines davantage en altitude, même sans boire plus. C’est d’ailleurs plutôt bon signe — cette diurèse fait partie d’une acclimatation qui fonctionne !
La respiration : le piège invisible
À 4 000 m, le corps peut perdre jusqu’à 1 à 2 litres d’eau par jour rien qu’en respirant. Ces pertes sont invisibles : pas de sueur, pas de sensation particulière. Tu te déshydrates même au repos, même dans ta tente, même en dormant.
Le froid coupe la soif
Par temps froid, les vaisseaux sanguins de la peau se contractent pour préserver la chaleur du corps (la vasoconstriction). Le cerveau interprète ce volume sanguin central plus élevé comme un signe de bonne hydratation… et réduit la sensation de soif. C’est un vrai piège : pertes hydriques accrues + soif diminuée = déshydratation sournoise.
Or la déshydratation aggrave précisément ce qu’on redoute en altitude :
- la fatigue et la baisse de performance (dès 2 % de perte de poids en eau, les capacités physiques chutent)
- les maux de tête
- le risque de gelures (un sang plus épais circule moins bien dans les extrémités)
- et elle peut mimer ou aggraver le mal aigu des montagnes (MAM)
Combien faut-il boire ?
En altitude, vise 4 à 5 litres d’eau par jour (boissons chaudes et eau des repas comprises). Nos conseils pour y arriver :
- Bois régulièrement sans attendre la soif — en altitude, elle arrive trop tard.
- Petites gorgées toutes les 10-15 minutes plutôt que de grandes quantités d’un coup : l’absorption est meilleure.
- Anticipe tes quantités : repère les points d’eau de l’étape et ne te retrouve jamais à sec.
- Surveille tes urines : claires et abondantes = bonne hydratation ; foncées et rares = bois davantage.
Peut-on trop boire ?
Oui ! C’est l’hyponatrémie : en buvant de très grandes quantités d’eau pure sans apport de sel, on dilue le sodium sanguin. Les symptômes ressemblent à ceux de la déshydratation (nausées, maux de tête, confusion), ce qui rend le diagnostic piégeux. C’est nettement moins fréquent que la déshydratation, mais tout aussi sérieux. La parade est simple : des volumes raisonnables et de l’eau accompagnée d’apports salés (repas, soupes, électrolytes).
Gestion pratique en expédition
- Utilise un thermos en haute montagne : l’eau chaude ne gèle pas, donne davantage envie de boire par grand froid et participe au maintien de ta température corporelle.
- Ajoute des électrolytes (pastilles ou poudre) : ils compensent les sels minéraux perdus et réduisent le risque d’hyponatrémie.
- Filtre et traite toujours l’eau : ébullition (1 minute en plaine, 3 minutes au-dessus de 3 000 m car l’eau y bout à plus basse température), filtration mécanique ou pastilles purifiantes.
Les conseils Pack and Go
Demande toujours aux locaux et à ton guide si l’eau est potable — qu’elle vienne d’une source, d’un cours d’eau ou d’un robinet. Dans le doute, garde toujours une pastille de purification sur toi.
Le goût de chlore te dérange ? Après purification aux pastilles, laisse ta gourde ou ton camelbak ouvert quelques minutes : le chlore est volatil et le petit goût désagréable s’évapore.
Et le thé ? C’est LA boisson de la haute montagne, du Népal au Kirghizistan. Même si la théine est légèrement diurétique, le bilan hydrique reste largement positif. Une pause thé au lodge, c’est bon pour ton hydratation, ton acclimatation… et le moral !
Et toi, comment gères-tu ton hydratation en montagne ? Dis-le nous sur nos réseaux — et retrouve tous nos conseils d’expédition dans la section Conseils et bons plans.
